La mitomycine est un antibiotique antitumoral initialement isolé dans les années 1950 à partir de Streptomyces caespitosus, puis développé comme agent chimiothérapeutique. Son introduction en pratique clinique dans les années 1960 s'explique par sa forte capacité à inhiber la synthèse d'ADN dans les cellules à division rapide. Contrairement aux antirétroviraux comme l'abacavir, la mitomycine est principalement utilisée dans le traitement de divers cancers, notamment les cancers de l'estomac, du pancréas, de la vessie et du sein. Au fil du temps, ses applications se sont étendues à la thérapie intravésicale pour le cancer superficiel de la vessie et à son utilisation en chirurgie ophtalmique, notamment pour les interventions sur le glaucome, afin de prévenir la formation de cicatrices. Son développement et son utilisation continue sont caractérisés par sa forte activité cytotoxique, qui la rend efficace mais nécessite également une surveillance étroite en raison d'effets indésirables potentiellement graves tels que la myélosuppression et la toxicité organique. 

NOMS COMMERCIAUX

1. Mutamycine (forme injectable largement connue)

2. Mitozytrex

3. Mitocin

4. Mitomycine-C Kyowa (utilisée dans certaines régions, notamment en Asie)

MÉCANISME D'ACTION

La mitomycine agit comme un agent alkylant bioréducteur qui exerce ses effets cytotoxiques en endommageant directement l'ADN. Après activation enzymatique intracellulaire (particulièrement en conditions hypoxiques), la mitomycine forme des intermédiaires hautement réactifs qui réticulent les brins d'ADN, notamment au niveau de l'azote N⁶ de l'adénine et de l'oxygène O⁶ de la guanine. Cette réticulation empêche la réplication et la transcription de l'ADN, inhibant ainsi la division cellulaire et entraînant la mort cellulaire.

PHARMACOCINÉTIQUE

Absorption :

La mitomycine est mal absorbée par voie orale et est donc administrée par voie intraveineuse, intravésicale (dans la vessie) ou topique (usage ophtalmique). L'absorption systémique après administration intravésicale ou topique est minime, mais peut augmenter en cas d'altération de l'intégrité de la muqueuse.

Distribution : Après administration intraveineuse, la mitomycine se distribue largement dans les tissus de l'organisme. Elle présente une liaison modérée aux protéines plasmatiques (environ 10 à 20 %) et pénètre efficacement dans les tissus tumoraux. Son volume de distribution est relativement modéré, reflétant une distribution tissulaire au-delà du plasma.

Métabolisme : La mitomycine est principalement métabolisée dans le foie et d'autres tissus par réduction enzymatique en intermédiaires actifs. Cette bioactivation réductrice est accrue en conditions hypoxiques, fréquentes dans les tumeurs solides.

Élimination : L'élimination se fait principalement par métabolisme hépatique, les métabolites étant excrétés par les reins. Une faible fraction de médicament inchangé peut également être excrétée dans l'urine. Sa demi-vie plasmatique est relativement courte, mais ses effets cytotoxiques persistent en raison de sa liaison irréversible à l'ADN. 

PHARMACODYNAMIE

La mitomycine agit comme un agent de pontage de l'ADN, formant des liaisons covalentes entre les brins d'ADN et inhibant ainsi la réplication, la transcription et la synthèse protéique. Elle n'est pas spécifique du cycle cellulaire, mais particulièrement efficace contre les cellules cancéreuses à division rapide. Son activation préférentielle dans les microenvironnements tumoraux hypoxiques renforce sa sélectivité pour les tumeurs solides.

ADMINISTRATION

La mitomycine est administrée par voie intraveineuse pour la chimiothérapie systémique, par instillation intravésicale pour le cancer de la vessie et par application topique lors d'interventions ophtalmiques. La posologie dépend du type de cancer, de la voie d'administration et de l'état du patient ; l'administration doit se faire sous stricte surveillance médicale.

POSOLOGIE ET ​​CONCENTRATION

La mitomycine est disponible sous forme de poudre injectable reconstituable à différents dosages (par exemple, flacons de 2 mg, 5 mg, 10 mg et 20 mg). La posologie est individualisée en fonction de la surface corporelle (mg/m²), de l'indication clinique et de la tolérance du patient. Les doses intravésicales et ophtalmiques diffèrent significativement des doses systémiques.

INTERACTIONS MÉDICAMENTEUSES

La mitomycine peut augmenter sa toxicité lorsqu'elle est utilisée avec d'autres agents myélosuppresseurs ou cytotoxiques, entraînant une aggravation de la myélosuppression. L'utilisation concomitante de médicaments néphrotoxiques peut augmenter le risque d'atteinte rénale.

CONTRE-INDICATIONS

Les contre-indications comprennent une myélosuppression sévère, des infections actives, une hypersensibilité à la mitomycine et la prudence est de mise chez les patients présentant une insuffisance rénale.

EFFETS INDÉSIRABLES

• Myélosuppression (anémie, leucopénie, thrombocytopénie)

• Nausées et vomissements

• Fatigue et faiblesse

• Mucite ou stomatite

• Toxicité rénale

• Toxicité pulmonaire (rare mais grave)

• Lésions tissulaires locales en cas d'extravasation

SURDOSAGE

Le surdosage de mitomycine est une affection grave et potentiellement mortelle en raison de ses puissants effets cytotoxiques. La manifestation la plus importante est une aplasie médullaire sévère et prolongée, entraînant une leucopénie, une thrombocytopénie et une anémie, ce qui accroît le risque d'infections, d'hémorragies et de fatigue.

TOXICITÉ 

La principale toxicité de la mitomycine est une aplasie médullaire dose-dépendante, qui peut être retardée et prolongée. Parmi les autres toxicités graves figurent l'insuffisance rénale, la fibrose pulmonaire et le syndrome hémolytique et urémique (SHU). En raison de sa forte cytotoxicité, un dosage précis, une surveillance de la numération sanguine et une prise en charge rigoureuse sont indispensables. L'évaluation fonctionnelle est essentielle au cours de la thérapie.