L'amodiaquine (ADQ) est un médicament de la classe des 4-aminoquinoléines, chimiquement apparenté à la chloroquine, qui est largement utilisé comme antipaludique puissant depuis son développement dans les années 1940. Elle est principalement employée pour le traitement des infections non compliquées à *Plasmodium falciparum*, souvent en association avec l'artésunate, dans le cadre d'une thérapie combinée à base d'artémisinine (TCA). Malgré des préoccupations concernant sa sécurité d'emploi dans les années 1980, qui en avaient temporairement restreint l'usage, l'amodiaquine a retrouvé une place prépondérante en tant que traitement abordable et efficace contre le paludisme résistant aux médicaments en Afrique.

NOMS COMMERCIAUX

L'amodiaquine est un antipaludique fréquemment administré conjointement avec l'artésunate pour le traitement du paludisme non compliqué à *Plasmodium falciparum*. Parmi les noms commerciaux les plus connus figurent Camoquin, Basoquin, Flavoquine et Eriquin. Elle est également couramment disponible sous forme d'associations à doses fixes avec l'artésunate (ASAQ), telles que Coarsucam.

MÉCANISME D'ACTION

L'amodiaquine exerce son effet antipaludique en s'accumulant dans la vacuole digestive du parasite, au sein des globules rouges, et en inhibant la conversion de l'hème toxique en hémozoïne inerte. Cela entraîne une accumulation d'hème libre, qui endommage les membranes du parasite et provoque sa mort. Lorsqu'elle est associée à l'artésunate, l'amodiaquine agit de manière synergique pour accélérer l'élimination des parasites et réduire le risque de résistance aux médicaments.

PHARMACOCINÉTIQUE                          

Absorption :

L'amodiaquine est rapidement absorbée après administration orale, avec une bonne biodisponibilité. Les concentrations plasmatiques maximales sont généralement atteintes 1 à 2 heures après l'administration.

Distribution :

Le volume de distribution (Vd) de l'amodiaquine est d'environ 10 à 20 L/kg, ce qui témoigne d'une large distribution dans les tissus de l'organisme, notamment le foie, la rate et les globules rouges. Son métabolite actif, la déséthylamodiaquine, possède également un Vd important, contribuant ainsi à la persistance des effets antipaludiques.

Métabolisme :

L'amodiaquine est largement métabolisée dans le foie, principalement par les enzymes du cytochrome P450 (essentiellement le CYP2C8), en son métabolite actif, la déséthylamodiaquine, qui contribue de manière significative à son activité antipaludique. 

Excrétion :

Le médicament et ses métabolites sont principalement éliminés par voie urinaire ; le métabolite actif présente une demi-vie relativement longue, ce qui assure une activité antipaludique prolongée.

PHARMACODYNAMIE

L'amodiaquine, une 4-aminoquinoline structurellement et fonctionnellement similaire à la chloroquine, est utilisée depuis plus de 40 ans à la fois comme antipaludique et comme agent anti-inflammatoire. Elle fait preuve d'une efficacité comparable à celle de la chloroquine et demeure active contre certaines souches résistantes à cette dernière, bien que des cas de résistance à l'amodiaquine aient été signalés. Le mécanisme d'action précis de l'amodiaquine n'est pas encore totalement élucidé. À l'instar d'autres 4-aminoquinolines, elle peut déprimer la fonction du muscle cardiaque, perturber la conduction électrique au sein du cœur et provoquer une vasodilatation entraînant une hypotension ; elle est également susceptible d'affecter la respiration et de causer des effets indésirables tels que la diplopie, des vertiges et des nausées.

ADMINISTRATION

L'amodiaquine s'administre par voie orale, généralement sous forme de comprimés, et peut être prise au cours ou en dehors des repas. Elle s'avère la plus efficace lorsqu'elle est administrée dès l'apparition des symptômes du paludisme, le plus souvent dans le cadre d'une thérapie combinée avec l'artésunate.

POSOLOGIE ET ​​DOSAGE

L'amodiaquine est couramment disponible sous forme de comprimés dosés à 153 mg (base) ou 200 mg (sel). Pour le traitement du paludisme à *Plasmodium falciparum* non compliqué, la posologie habituelle chez l'adulte est de 10 mg/kg de poids corporel par jour (en base), administrés pendant trois jours consécutifs. La posologie pédiatrique est établie en fonction du poids, généralement à raison de 10 mg/kg/jour, également sur une durée de trois jours. Lorsqu'elle est utilisée en association avec l'artésunate (sous la forme ASAQ), la posologie est ajustée selon les formulations à dose fixe combinée, afin de garantir que les deux médicaments soient administrés à des concentrations thérapeutiques efficaces.

INTERACTIONS MÉDICAMENTEUSES

L'amodiaquine est principalement métabolisée par l'enzyme hépatique CYP2C8. Les médicaments qui inhibent cette enzyme, tels que le gemfibrozil, peuvent augmenter les taux plasmatiques d'amodiaquine, majorant ainsi le risque de toxicité. Elle est également susceptible d'interagir avec d'autres antipaludiques, tels que la chloroquine ou la méfloquine, augmentant la probabilité de lésions hépatiques ou d'effets indésirables hématologiques. Par ailleurs, l'utilisation concomitante de médicaments allongeant l'intervalle QT — tels que certains antiarythmiques ou antipsychotiques — peut accroître le risque d'arythmies cardiaques potentiellement dangereuses. 

INTERACTIONS ALIMENTAIRES

L'alimentation n'affecte pas de manière significative l'absorption de l'amodiaquine ; toutefois, la prise du médicament au cours des repas peut atténuer les troubles gastro-intestinaux, tels que les nausées ou les douleurs abdominales. La consommation d'alcool doit être évitée pendant le traitement, car elle peut accroître le risque d'hépatotoxicité.

CONTRE-INDICATIONS

L'amodiaquine est contre-indiquée chez les patients présentant une hypersensibilité connue à l'amodiaquine ou à d'autres composés de la famille des 4-aminoquinoléines, y compris la chloroquine. Elle ne doit pas être utilisée chez les personnes souffrant d'une maladie hépatique sévère, ayant des antécédents de troubles hématologiques tels que l'agranulocytose ou l'anémie aplasique, ou présentant un allongement connu de l'intervalle QT ainsi que des arythmies cardiaques graves. L'utilisation pendant la grossesse — en particulier au cours du premier trimestre — et l'allaitement doit généralement être évitée, à moins qu'aucune alternative plus sûre ne soit disponible.

EFFETS INDÉSIRABLES

Les effets indésirables courants de l'amodiaquine comprennent les nausées, les vomissements, la diarrhée, les douleurs abdominales, les maux de tête et les démangeaisons (prurit). Les effets indésirables graves, bien que rares, incluent une toxicité hépatique pouvant potentiellement entraîner un ictère ou une insuffisance hépatique, des troubles hématologiques sévères tels que l'agranulocytose, des réactions cutanées comme le syndrome de Stevens-Johnson, ainsi que des arythmies cardiaques, notamment en cas de surdosage.

SURDOSAGE

Les symptômes d'un surdosage en amodiaquine comprennent des vomissements sévères, une diarrhée, une hypotension artérielle, des convulsions, un dysfonctionnement hépatique et des arythmies cardiaques potentiellement mortelles. La prise en charge est symptomatique et un traitement de soutien est mis en place ; une hospitalisation est recommandée. En cas d'ingestion récente, l'administration de charbon activé peut être envisagée, et une surveillance cardiaque continue peut s'avérer nécessaire dans les cas sévères.

TOXICITÉ

Les effets toxiques les plus préoccupants de l'amodiaquine sont l'hépatotoxicité et les dyscrasies sanguines. Une utilisation prolongée ou à fortes doses peut entraîner une insuffisance hépatique ou une neutropénie sévère. La toxicité cardiaque — incluant l'allongement de l'intervalle QT et les torsades de pointes — est rare mais possible, en particulier en cas de surdosage ou d'association avec d'autres médicaments connus pour allonger l'intervalle QT. L'amodiaquine est généralement sans danger lorsqu'elle est utilisée sur une courte durée et à la posologie recommandée ; toutefois, les patients présentant des affections hépatiques ou hématologiques préexistantes doivent faire l'objet d'une surveillance étroite.